dimanche 9 juin 2019
Louise 2 : Louise ma chère Louise
Louise ma chère Louise
Que fais-tu de l'amour
Que fais-tu de ta colère
Que fais-tu de tes peurs
Louise tu avances et exprimes
Le paysage venu de ton ventre
Sans perdre le fil
Et sans perdre de temps.
Dessin sur panneau marouflé
1m80 x 1m30
samedi 8 juin 2019
Louise ma chère Louise, intro
Un simple dessin.
Des lignes, des traits, des ombres et des lumières.
Ce que l'on croit voir en fait, n'est qu'un écran qui cache toute une vie intérieure: des joies, des colères, des peurs, des questionnements, des doutes, des déchirements.
Comme si le tatouage était l'être.
Tout a commencé par Louise Bourgeois, cette grande exploratrice de l'expression de ses mondes intimes. J'en ai fait un petit dessin juste pour moi, d'abord pour l'invoquer comme une divinité, puis j'ai continué à dessiner pour la questionner, jusqu'à ce qu'elle se mette à me parler en retour.
Nous avons discuté de tout: comment garder bien vivant ce mince fil qui nous garde connecté intimement à notre oeuvre, que faire des émotions qui nous déséquilibrent, de l'amour, de la peur, des révoltes, du temps qui passe, de sa division créée par l'argent à gagner ou autres pressions intérieures ou extérieures.
Mes dessins ont grandi, les techniques ont évolué. Mes papiers sont devenus des grands
panneaux marouflés et toutes ces questions sont devenus ma quête. Louise s'est multipliée et est devenue un des éléments de mon totem intérieur, des facettes de moi je présume.
Jana Sterback, Greta Thunberg, Miriam Cahn sont venues à travers mes mains. Nous avions aussi bien des choses à nous dire. Elles ont en commun l'intégrité, la force, l'équilibre, l'expression, une certaine forme d'anarchie aussi peut-être.
Elles ne parlent qu'avec sincérité.
Elles arrivent à exprimer ce subtil monde qui les habite, chacune à leur façon et elles sont devenues sans le savoir le canal de l'expression du mien.
Parce qu'un dessin n'est jamais qu'un simple dessin. Il parle avant tout de celui qui l'a fait. Il est le reflet d'un monde à exprimer, rarement compris en dehors de son aspect extérieur, de son esthétisme.
Geneviève LeBel
Les feux de profondice
On m'a appris la superficialité
la profondeur je la connaissais
déjà
maintenant je nage en surface
je m'aplatis jusqu'à n'être
qu'une
fine couche de peau
comme si le tatouage était
l'être.
Le tatouage n'est que surface
décoration tableau mural de l'âme.
Cachés derrière les couches
de béton du mur de béton
de la brique du mur de briques
de la pierre du mur de pierres
derrière la coquille de ces murs
le feu la braise l'oiseau
sa cage ouverte et puis son chant
le soleil l'infini l'espace le
temps
la pluie le grand-père et l'eau
fraîche de la rosée.
Derrière il y a la lune et l'oliphant
Derrière je joue de la trompette
et je m'éveille en te caressant.
On m'a appris la
superficialité
la profondeur je la connaissais
déjà
maintenant je nage en surface je
m'aplatis jusqu'à n'être qu'une
fine couche de peau
comme si le tatouage était l'être
comme si le tatouage était
l'être.
La chance
La chance d'être là d'être ici
enfant pour toujours dans cette danse de l'imaginaire
la chance que j'ai d'avoir accès
à l'éternel de mon vivant
J'y entre j'y sors comme dans un
moulin
je retourne dedans et j'y moud mon
grain.
Quelle chance j'ai d'accéder à
l'éternel parce que j'y crois que je le vois que je le sens
dans toutes mes pores dès que je
lui laisse m'effleurer les sens et la raison.
Quelle chance j'ai d'accéder à
toute cette vie
d'avoir tiré le gros lot de
l'immensité confort maison
chaleur même en hiver où je suis
née et où
j'ai porté mes premières mitaines
Quelle chance j'ai
Quelle chance j'ai même un pyjama
La chance d'être là d'être ici
enfant pour toujours.
Je me projette comme
dans une fusée parce que
toutes les portes de mon ciel
sont ouvertes.
Quelle chance
Les trous du ciel mènent à la lumière.
La beauté du moment
le précieux de la tristesse
le généreux de la joie.
Créer des moments
Récolter des moments
Répandre des moments
Offrir des moments
Étirer des moments
Faire jaillir des moments
Illuminer des moments
Je voudrais que ma pierre tombale
soit suspendue à un ballon
et ne touche pas terre.
J'ai laissé mon aplatissement
mon aplaventrisme mon
terre-à-terreur
mon aigreur ma négritude de
servitude
mon boulevard Charest de
poussière
ma grisaille mes devoirs la
viande de porc
mon corps de surface mon
élongation musculaire
mon lumbago mon winnebago
ma vaisselle mon beau-frère pis
son jeep.
J'ai laissé mon numéro de
téléphone à l'entrée et
je suis entrée toute nue dans le
pavillon de la poésie pure.
Ici le temps ici l'esprit ici
l'espoir l'espérance le vivant.
J'ai laissé ma peau de surface au
vestiaire et
tu me vois chair tu me vois
ventre tu me vois éther.
Tu me vois.
Vous êtes des pensées vous êtes
des sentiments vous êtes des émotions vous êtes à l'intérieur vous êtes de
l'intérieur vous vivez ensemble à l'intérieur vous êtes distinctes mais en
interaction vous bougez chacune à votre façon mais vous êtes attachées vous
êtes interaction vous êtes vous êtes vous êtes.
Vous êtes des pensées vous êtes
des sentiments vous êtes des émotions vous êtes.
Je réclame le droit
de briller le droit de grandir
le droit d'ensoleiller
d'éclabousser
de brûler d'éclater de jouir
Je réclame un grand rassemblement
au bord de l'eau
au-dessus duquel nous ferons
exploser
tous mes feux de profondice.
mercredi 15 août 2018
lundi 29 janvier 2018
L'atelier
I
L'atelier la tour dans l'océan
la paix l'asile l'action répétée
l'oubli de soi et des autres enfin
l'abandon l'échouance et ce support à préparer
pour accueillir l'arrivée de l'essentiel
à coup de matériau d'outil d'enclume
de silicone de main qui sait
chercher la technique
le numéro de couleur la marque et le produit.
II
L'atelier dans l'arbre
Cette pièce où on nous laisse
jouer tranquille avec
les autres maisons dans les arbres et les familles qui vivent dedans
on choisit la tête puis le haut du corps
puis les jambes et on frotte
la craie grasse sur le papier
avec les pinceaux on étend
l'encre colorée des cahiers qui sont faits pour ça
ceux reçus pour jouer
j'ai passé tous les petits papiers j'en veux encore
les personnages à découper
le sable coloré à empiler dans le bocal d'eau
j'en veux encore.
III
Il m'étire l'atelier
dans toutes les directions
parce que c'est l'espace qui compte
l'espace entre les objets entre les idées
entre la porte et la table
entre l'Éden et la bombe H
l'extrême et le subtil
la rigidité cadavérique et le geste ressenti
Parce que c'est dans cet interstice que
l'évidence d'Éros et Thanatos étend ses doigts
jusque dans la représentation dans la manière
jusque dans le sens qu'on ne comprendra qu'ensuite peut-être
si on a de la chance
c'est dans cette fente exquise que
la prépondérance de la fuite ou celle de
la poursuite fait son choix à ma place.
J'y étire à mon tour cet espace
je l'étire et l'étire et puis
je lui donne de l'oxygène
je souffle sur les braises de ces silences enfin créés
j'allume les feux des désirs qui ne s'assouviront que
bien après ma propre fin
Si j'ai de la chance
IV
L'atelier le siège du processus
De l'apprentissage de la mort
et de la renaissance
Dans l'abandon les doutes
J'ai peur de ce tableau que je dois affronter et
du suivant et de l'autre ensuite
Je résiste
Je vais me briser peut-être
J'ai peur du ciel comme
un mouton laissé au champ pendant la nuit
Je dois m'abandonner dans les bras de mon tableau
pour accueillir ce qu'il me porte
en échange de ma bravoure
Je sais maintenant que je suis mortelle.
jeudi 25 janvier 2018
Collectif "L'Atelier" chez Tommy Zen
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| photo Suzane O'Neill |
Une galerie rafraîchissante et à connaître et une exposition qui vaut franchement le détour pour la qualité et la sincérité du travail présenté.
Outre moi-même, vous y trouverez les oeuvres des artistes Caroline Auclair, Julien Clément, Fredo Haddock, Ian Gamache, Étienne Martin, Suzane O'Neill, Frédéric Péloquin, Jérôme Prieur, Michel Robidas, David Roche, Josiane Saucier, Estelle St-Pierre et Patrycja Walton en plus d'objets choisis dans l'atelier du grand peintre feu Armand Tatossian.
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| Les artistes du collectif "L'Atelier" (photo Michel Bazinet) |
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| La galerie (photo Suzane O'Neill) |
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| photo Suzane O'Neill |
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| photo Suzane O'Neill |
Exposition en cours
du 11 janvier au 10 mars 2018
à la Galerie Tommy Zen
1452 Sherbrooke Ouest, Montréal
secteur MBAM.
Ce que j'y présente:Le tableau Mourir n'est qu'un état
Huile sur panneau de bois
24'' x 30''
2017
1600$
(article de blogue sur ce tableau ici)

Cette photo prise en atelier par le photographe Georges Dutil et ce texte, réflexion sur l'atelier.
La mort n'est qu'un état
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| Mourir n'est qu'un état, huile sur panneau de bois, 24" x 30'', Galerie Tommy Zen jusqu'au 10 mars 2018 |
L'atelier
le siège du processus
De
l'apprentissage de la mort
et
de la renaissance
Dans
l'abandon les doutes
J'ai
peur de ce tableau que je dois affronter et
du
suivant et de l'autre ensuite
Je
résiste
Je
vais me briser peut-être
J'ai
peur du ciel comme
un
mouton laissé au champ pendant la nuit
Je
dois m'abandonner dans les bras de mon tableau
pour
accueillir ce qu'il me porte
en
échange de ma bravoure
Je
sais maintenant que je suis mortelle.
On sait que la peur est un sentiment que l'on se doit d'affronter si l'on veut avancer.
On s'accroche parfois à des techniques ou à une façon de voir parce qu'on s'y sent à l'aise ou parce qu'on est "un pro", pas question donc de montrer qu'on n'est pas en pleine possession de ses moyens. Dans l'art comme dans la vie, on ne montre pas facilement sa vulnérabilité.
Avec ce tableau, j'ai brisé ces tabous qui avaient germés en moi et qui, je le sentais bien, grandissaient. J'avais peur du noir. Je n'utilisais plus aucun noir dans ma peinture, jamais. Comme dans l'aquarelle, j'avais peur de perdre la lumière. Je ramenais toujours tout au blanc, pas question de la perdre. Pour moi, elle devait partir du fond et résister à tous les coups de pinceaux jusqu'à la surface.
"Je ne suis pas peintre" disais-je, et c'était vrai. Venue du monde du dessin/croquis, le seul élan qui trouvait grâce à mes yeux était le tout premier jet. Peur de perdre l'élan, comme si je m'étais cru incapable de renouvellement. Je voulais des tableaux dessinés.
Disons-le franchement, derrière ma confiance en moi se cachait une peur bleue de la mort. J'ai donné un grand coup de pied dans toutes ces peurs. J'ai accepté de reculer pour mieux repartir. J'ai accepté de désapprendre tout ce que je savais. .
J'ai repris tout depuis le début, déposé l'acrylique et l'aquarelle un temps, choisi l'huile comme matériau parce que tout s'y balaie et retourne au gris en quelques coups de pinceaux. Toutes mes craintes en un seul médium.
Puis, j'ai appris que de rien on renait.
Ce n'est pas triste, au contraire c'est merveilleux.
Je me suis surprise à prendre un grand plaisir à tuer, moi la colorée pacifiste. De mon atelier, on a certainement entendu des grands éclats de rire sur tout l'étage.
Je ne suis plus la même personne ni la même artiste désormais.
Je n'ai plus peur.
Et maintenant je peins.
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Quelques uns des "états" qu'a traversé le tableau.
|
Ce tableau, je ne pensais jamais l'exposer. Ici, seul le processus m'intéressait. C'était un corps à corps avec moi-même, un journal très intime.
C'est entre deux renaissances qu'il fût interrompu. La galeriste France Cantin l'a intercepté pour l'exposition collective "L'Atelier" présentée à la galerie Tommy Zen du 11 janvier au 10 mars 2018. Je crois qu'elle y a perçu un processus important et elle avait raison, c'est même le plus crucial que j'ai vécu jusqu'à maintenant dans ma vie adulte. Jusque là, j'étais une enfant artiste.
Je ne suis plus aussi innocente.
J'ai entâmé un dialogue avec mon travail qui fait maintenant partie de ma vie et ce, à travers tous les médiums que je touche. Ma perception de la vie a également changé. Je me sens plus incarnée, plus mortelle, plus vraie.
Je savourais la vie, j'en ressens maintenant mieux tous les aspects.
Voir ici l'article sur l'exposition chez Tommy Zen.
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